Gestes répétés parfois des dizaines de fois : des masses, des formes, des textures, des tracés apparaissent, puis s’effacent, se juxtaposent, se superposent, se raccrochent les uns aux autres, produisant des opacités, des transparences, des fulgurances, jusqu’à ce que ça « prenne » et forme un tout. J’ai observé que Stéphane finit presque toujours ses tableaux par un « dernier » motif de filaments déposé d’une seule traite en un lieu du tableau déjà parcouru, travaillé, appris par cœur, où ce dernier motif vient « nouer » quelque chose. Voilà pour le tour de force. Pas de dessin préparatoire, pas de contours, pas de remplissage, une chasse constante à l’anecdotique, à la facilité, au « joli » , à la grandiloquence. De la musique avant toute chose, et pour cela préfère l’impair, le déséquilibre, l’asymétrie, le risque.
Peinture abstraite ? Autant que peut l’être la peinture de Soutine (Écorché pourrait être un titre frommien), Joan Mitchell, Frantz Kline, Olivier Debré qui, je l’ai vu faire aussi, peignait « sur le motif », c’est-à-dire en regardant des paysages, certes souvent urbains. Peinture gestuelle ? Oui, mais la plus grande partie des gestes n’ont pas laissé de trace qui n’ait été recouverte, et Stéphane déteste l’idée qu’on le regarde faire et encore plus de garder un registre du travail en train de se faire : seule compte la peinture finie, achevée, et si traces il y a, elles sont paradoxalement celles de gestes inachevés. Mal inspiré sera aussi celui qui voudra y voir l’affleurement / le débordement de quelconques états d’âme. Ce n’est pas l’état intérieur du peintre Fromm qui compte – ce n’est pas lui qui est « épuisé » ! -, c’est l’état des choses, même quand elles sont « en désordre », en « attente », « intranquilles ». Peinture rythmique ? C’est peut-être plus cela. En tout cas le temps est passé par là.
Paul Vaussane
Extrait du catalogue Galerie Convergences 2025